Ch 2 : Le Murmure en Pays Soladar

Mis à jour : mai 6

Chap 2 - Le magicien des sons


— On y est… installé à l’intérieur de la cabine insonorisée, seul face au micro, les textes sont devant moi. « On y va quand tu veux….. » me dit Ludovic. J’ai l’impression que ça tourbillonne à plein régime, je transpire à grosses gouttes. De l’autre coté de la porte vitrée, Philippe, Ludovic et Valérie paraissent calmes presque au ralenti, ils m’attendent. Eux sont prêts….

Entre le coup de téléphone et ce rendez-vous, le temps est resté suspendu en une lente rapidité.

Tout s’est enchaîné : je répétais mes histoires à haute voix, usant et abusant de la patiente attention de Valérie, revenant sur une intonation, un accent, me justifiant pour tel silence ou telle envolée, me rassurant sur le bien fondé des voix sur un texte à multiples personnages….

Je n’étais jamais content ; je recommençais, ça n’allait pas...et les jours s’égrainaient, scandés par les appels de Philippe… Des sonneries qui me rappelaient que la machine était lancée, que je n'étais qu’un engrenage dans ce projet qui ne verrait jour que si chacun occupait consciencieusement sa place. Philippe, mettait tout en place et nous tenait au courant du moindre changement. Et moi ? Je ne pouvais pas être approximatif, je devais être excellent, dans le bon ton.


J’ai revêtu mon Colporteur et nous sommes partis pour l’Écusson de Montpellier. Un premier regard échangé avec Philippe, dont nous ne connaissions que la voix, puis un deuxième avec Ludovic le réalisateur sonore… On échange quelques mots, mais chacun est déjà dans sa bulle, repassant les derniers éléments. Valérie prend des photos et laisse éclater son rire… Je fixe la cabine d’enregistrement aussi grande qu’une cabine téléphonique.

— On y est...La porte est fermée. Le texte est devant mes yeux. « On y va quand tu veux….. »

Je me lance et trébuche aussitôt…. C’est pas vrai….je ne vais pas arriver à me lire, je vais tout faire capoter... j’ai chaud, je respire profondément, les secondes sembles s’étirer en guimauves de minutes et puis….

Le Colporteur me prend par le bras et me murmure tout bas que je n’ai pas besoin de lire, ces histoires sont les nôtres. Je les connais puisque je les ai vécu, elles sont en moi. Il me suffit de m’oublier et de laisser s’envoler la couleur des mots des lèvres du Colporteur… et la magie opère.

Les textes défilent. La musique des lieux, les ambiances, les parfums, les mots coulent de source, je suis porté par les personnages, leurs émotions, je reprends corps, je vois à travers leurs yeux, je respire l’instant, nous sommes un….Je ne tricote plus mes textes : je tisse mes histoires. Les personnages vivent, avec quelques cafouillages parfois, des silences trop prononcés, des hésitations.

Ludovic en magicien du son, scrute, mesure, compare et surveille que les tessitures soient en harmonie, qu’elles se suivent sur un fil que lui seul entend.

Je décroche, j’entends ma voix….

Non ne pas m’écouter, ne rien écouter, repartir sur les chemins. Reprendre la main de Salomé, regarder les étoiles avec Jeannot, entendre le clapotis de la mer, les cigales…..

Philippe veille, il lit mes histoires à la virgule. D’une main il suit la musique des mots, de l’autre il annote. A la fin d’un récit il revient sur quelques temps, un mot accroché, un autre ajouté. A l’image de son bureau, points, exclamations, silence...chaque élément à sa place au millimètre. Et il manie sa baguette de chef d’orchestre avec maestria et délicatesse.

Un peu d’eau pour changer la tonalité de ma voix et c’est reparti, en fait il ne fait pas si chaud, c’est la tension des émotions qui est prégnante. Valérie en deux mots, me rassure et m’apaise avant de fermer la porte vitrée….On reprend.


Tout est fluide. Maintenant je peux le dire... je suis dans la cabine, le Colporteur raconte et moi je les observe du coin de l’œil... Quelle chance j’ai d’être aux cotés de tels professionnels pour mettre en voix mes Murmures. … J’avais peur de mal faire, je croyais être seul avec mes contes, mais je suis accompagné en souplesse par des gens qui savent exactement où ils vont. Je n’écoute pas ma voix, je donne ce que j’ai en moi, et eux confectionnent.

Voilà l’enregistrement est fini, nous discutons de chaque histoire afin que Ludovic s’imprègne encore plus des ambiances qui accompagnaient mes écrits.

C’est à son tour d’œuvrer maintenant.


Mes récits s’envolent ils vont être habillés et colorés de sons, afin de leur donner une autre dimension : c’est en secret que Ludovic et Philippe, les deux alchimistes vont transmuter « Le Murmure des Chemins ».

à suivre ...



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